Je ne sais pas si je me rappelle encore de ce carrefour vide, où je devais choisir entre deux directions possibles ... et où j'avais fini par prendre la troisième ! ©
Un choix impossible à faire, que j'ai pourtant osé prendre les yeux fermés, pour finir devant la porte de ce cabanon en bois, sans toit, sans murs, sans fenêtres … et sans porte … perdu au milieu
de nulle part.
J’ai frappé un ou deux coups – je ne me rappelle plus exactement – et curieusement on n’ouvrit pas !
Alors j’ai fait le tour et j’ai fini par savoir que ce « on », était un vieillard …
- « Je ne suis pas sensé vous ouvrir, cher invité et d’ailleurs je ne suis même pas sensé vous entendre frapper à la porte : c’est que je fais semblant d’être sourd ! », me lança-t-il …
- « Mmm … mmm ! Mmm … mmm … mmm ? »
- « Comment ? »
- « Non c’est rien … laissez tomber ... Je voulais juste faire semblant d’être muet … mais j’avais décidemment oublié que vous faisiez semblant d’être sourd ! »
- « Oh … c’est pas grave, vous allez finir par vous habituer ! »
Quelques grognements et un paquet de « Comment ? » plus tard, je finis par convaincre le vieillard de me raconter ce qu’il faisait dans ce trou à rat.
- « Je suis le gardien du temps ! C’est mon travail ! », répondit-il fièrement.
- « C’est un boulot ça ? »
- « Nan … vous savez très bien que non ! »
- « Vous me faites marcher alors ? »
- « Ecoutez monsieur, ne me dites pas que vous avez choisi une alternative que vous n’aviez pas, frappé à la porte d’un cabanon qui n’en a pas une et entamé une discussion avec un présumé sourd,
en vous faisant, vous-même, passer pour un muet … tout ça pour espérer quand même, trouver de la cohérence dans les propos d’un vieillard ? »
- « Euh … c'est-à-dire que … je … »
- « Comment ? »
- « … »
- « … »
- « D’accord … d’accord … je m’excuse, je reprends là où nous étions ! Et … vous faites quoi au juste de vos journées … monsieur le gardien du temps ? »
- « J’écris des histoires sur les dunes de sable ! »
- « Mais vous n’avez pas peur que le vent n’emporte ce que vous écrivez ? »
- « Non … de toutes les manières … l’histoire n’a jamais été faite pour être écrite, mais bien pour être vécue ! »
- « Mais alors … pourquoi vous acharner à vouloir l’écrire ? »
- « C’est juste pour me prouver que j’ai quand même bien vécu la mienne ! »
- « Parlez-moi de ce que vous avez écrit ? »
- « Bon … vous voyez cette dune, là-bas, celle qui est juste derrière l’horizon … »
- « Oui … »
- « Non … vous ne la voyez pas ! »
- « D’accord … d’accord, vous parlez de cette dune que je ne vois pas ? »
- « Oui ! Et bien, sur celle-là j’ai écrit l’histoire des américains ! »
- « Ah bon ? »
- « Oui … d’ailleurs j’ai été à court de place … je n’ai pas encore fini ! »
- « Et la grosse dune, là-bas … premier mirage à gauche ? »
- « Oh … celle-là, elle m’a donné beaucoup de fil à retordre … c’est sur cette dune que j’ai écrit l’histoire des arabes ! »
- « Ah ! »
- « Et oui ! Très ingénieux … très créatifs ces arabes ! »
- « Et celle-là, là-bas ? »
- « Ah … celle-là ! C’est toujours l’histoire des arabes … il y’en a encore toute une série, vers là-bas, vous voyez d’est en ouest ! »
- « Et ben dites donc ! Très riche l’histoire des arabes ! »
- « Bof, vous savez ! A part la première dune, toutes les autres sont des copies … »
- « Et pourquoi avoir fait des copies ? »
- « Les copies, cher ami, correspondent aux époques, où les arabes se contentaient de parler de ce qu’ils avaient fait dans le passé ! »
- « … »
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